Nadal, c'est génial !
Par Benjamin Waldbaum
dimanche 5 juin 2005
A 19 ans et 2 jours, Rafael Nadal est devenu le quatrième vainqueur le plus jeune du tournoi. Pour sa première participation, le génial Espagnol a éc½uré, un à un, tous ses adversaires. Dans une finale étourdissante, un autre gaucher, l'Argentin Mariano Puerta, lui a opposé une formidable résistance avant de céder (6/7, 6/3, 6/1, 7/5 en 3h24), non sans avoir eu trois balles de deux sets partout. Le roi de la terre battue s'est offert le plus beau des couronnements...
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Les bras en croix, Rafael Nadal est étendu de tout son long. Un dernier coup droit hors limite de Mariano Puerta lui a offert son rêve de jeunesse. Après une accolade avec l'Argentin, il s'agenouille avant de filer vers la tribune présidentielle. Il salue le roi d'Espagne Juan Carlos et sa femme Sophie. Puis il escalade cette même tribune pour aller partager la victoire avec son clan. De retour sur sa chaise, il verse quelques larmes dans sa serviette. "C'est incroyable pour moi, raconte-t-il aalors u micro de la télévision. Je suis ému. C'est la première fois que je dispute le tournoi. C'est un rêve qui devient réalité."
Intense et grandiose
La joie était à l'image du match qu'il venait de livrer : intense et grandiose. Entre le premier et le troisième meilleur joueur de la saison sur terre battue, la finale a tenu toutes ses promesses. On pouvait pourtant craindre que les deux joueurs néophytes à ce niveau fléchissent sous le poids de l'événement.
Mais fidèle à sa réputation de combattant acharné, Nadal, 5e mondial, rentre dans le match à cent à l'heure. Il breake d'entrée et mène 2-0 non sans avoir écarté deux balles de débreak. Mais il manque une balle de 3-0, puis s'en procure deux de 4-1. Stupeur dans le public. A 15-40 sur son service, Puerta se dirige vers sa chaise. Le "kiné" arrive et lui bande la cuisse droite.
Après trois minutes d'interruption, le protégé d'Andres Schneiter reprend le jeu, écarte le danger et revient à 3-3. Ne semblant pas trop se ressentir de sa cuisse, l'Argentin, 37e mondial, frappe de toutes ses forces avec son grand coup droit. "Rafa" ne parvient pas à contenir la puissance adverse. Sa longueur de balle n'est pas aussi impressionnante que d'habitude. Et les joueurs disputent alors un tie break de feu.
Tie break de feu
Nadal prend la tête 2-1, puis 3-2 sur un passing de coup droit joué sur Puerta. L'Espagnol montre le poing avant de s'excuser. Les joueurs s'échangent ensuite leurs services à trois reprises. Chaque point donne lieu à une incroyable bataille... "Rafa" plonge même sur une balle impossible, en vain. C'est finalement Puerta qui se procure une balle de set en faisant visiter le court à son adversaire : 6-5 Puerta. Nadal l'écarte d'un revers long de ligne. Mais Puerta s'offre une deuxième opportunité d'une bonne contre amortie. Son revers le long de la ligne est parfait : 8/6 en sa faveur après 1h12 de match. Nadal perd son troisième set de la quinzaine.
Après cette débauche d'efforts, les finalistes ont besoin de souffler. Le Majorquin accélère alors. Il breake au 4e jeu. Trouvant plus de longueur, il dicte à son tour le jeu. Puerta souffre face aux accélérations de coup droit et aux amorties coupe-jarrets de Nadal. Le prodige de Manacor conserve son avantage. L'Argentin écarte une balle de set à 5-2 sur son service d'un ace sur deuxième balle. Puis il revient à 5-3 d'un point spectaculaire. Il plonge au filet et sa volée de coup droit est gagnante. Nadal remporte blanc son service : 6/3.
Puerta a fait le show, mais il n'a pas encore récupéré de ses efforts. Il cède son service d'entrée. Le vent en poupe, l'Espagnol conserve cet avantage. Il l'accroît même au 5e jeu, puis au 7e. Sur une double faute de l'Argentin, il vire en tête. 6/1 Nadal après 2h21 de jeu.
"Vamos !"
Comme en quarts de finale contre Guillermo Cañas et en demi-finales face à Nikolay Davydenko, où il s'était retrouvé mené deux manches à une, Mariano Puerta jette toutes ses forces dans le quatrième set, qui va être de toute beauté. Il rentre de plus belle dans la balle. Son coup droit met à nouveau "Rafa" à la torture. Les défenses héroïques de Nadal ne sont pas toujours récompensées face au punch du "Gaucho". Puerta breake d'entrée, mais perd son avance immédiatement.
Il obtient trois nouvelles opportunités au 7e jeu. Une bonne amortie de coup droit et deux services gagnants permettent à Nadal de revenir à hauteur. "Vamos", hurle-t-il. Sur un passing de revers, il reprend la tête 4-3. La ola parcourt les tribunes enthousiastes du court Philippe-Chatrier.
Puerta est toujours là. A 4-4, il le montre. Mené 30-0 sur le service adverse, il aligne un coup droit gagnant, une volée, un bon revers et une nouveau point au filet pour se détacher 5-4. Il mène ensuite 40-15 sur son engagement. Sous pression, Nadal plie mais ne rompt pas.
Trois balles de deux set partout
Héroïque, il sauve la première balle de set d'un passing de coup droit croisé. Sur la deuxième, Puerta tente encore le plongeon au filet, mais cette fois sa volée reste dans la bande. Nadal bondit dans tous les sens, tel un Marsupilami. D'un service gagnant, il se procure cependant une troisième balle de deux sets partout. Mais deux fautes en coup droit offrent une balle de 5-5 à Nadal. L'Argentin attire l'Espagnol au filet d'une amortie de coup droit. Il lui joue droit dessus, mais le Majorquin réussit une incroyable volée réflexe à deux mains. Ahurissant !
Après avoir remporté son service, Nadal joue son va-tout à 6-5 en sa faveur. A 30-15 pour Puerta, il frappe deux coups droits gagnants. Après 3h23 de jeu, l'Espagnol est à un point de son rêve. La 54e faute directe de Puerta, un coup droit dans le couloir, fait de lui le quatrième plus jeune vainqueur des Internationaux de France, après Michael Chang, Mats Wilander et Björn Borg. Il est aussi le sixième Espagnol sacré à Paris.
Sur le podium, Zinedine Zidane lui remet la Coupe des Mousquetaires. En 1998, un autre joueur de Majorque avait reçu son premier trophée en Grand Chelem des mains d'un autre champion du monde de football. Carlos Moya, le modèle de Nadal, avait été récompensé par Pelé. Autre temps, autres légendes, mais toujours le même rêve qui devient réalité.